samedi 19 février 2011

L’évolution dans les symptômes dépressifs dans une étude longitudinale du vieillissement de Baltimore

Change in Depressive Symptoms in the BaltimoreLongitudinal Study of Aging

Adam Davey, Charles F. Halverson, Jr., Alan B. Zonderman, and Paul T. Costa, Jr.

Adam Davey, Charles F. Halverson, Jr., Alan B. Zonderman, and Paul T. Costa, Jr. (2004). Change in Depressive Symptoms in the Baltimore Longitudinal Study of Aging. Journal of Gerontology: Psychological Sciences, 59B, 270–277.

ABSTRACT : Depressive symptoms have been represented in the research and clinical literature in terms of both an episodic phenomenon and as enduring individual differences. We investigated depressive symptoms longitudinally in a sample of older adults. Participants were 737 individuals (MAge = 73 years initially, 39% women) in the Baltimore Longitudinal Study of Aging who provided biennial Center for Epidemiological Studies–Depression data on up to five occasions over an 8-year period. We found both trait and state-residual variability, with symptoms increasing longitudinally on all subscales and accounting for an approximately 1-point increase per decade. Trait-like variability accounted for at least two thirds of the reliable variance. Interindividual differences were consistent over time, but occasion-specific variability diminished across occasions.



Caractériser les symptômes dépressifs comme un état (l’état se rapporte aux symptômes dépressifs ressentis à un moment particulier) obscurcit la liaison des différents aspects de la dépression aux différences individuelles dans les dimensions de personnalité normale. Similairement, caractériser des symptômes dépressifs comme trait (le trait est l’estimation de la tendance habituelle du sujet à avoir des symptômes dépressifs) peut dévier l’intérêt dans les changements ce qui produit en réponse au traitement. Les auteurs ont donc entrepris d’élaborer cette distinction afin d’apporter une évaluation complète dans la nature des changements dans les symptômes dépressifs longitudinalement. En accord avec les précédentes recherches, les auteurs ont mis au point des changements développementaux normatifs dans les symptômes dépressifs, opposés aux changements diagnostiqués cliniquement de dépression majeure. Ce sujet est important non seulement pour l’étude de santé mentale et le vieillissement et les changements développementaux dans la régulation de l’émotion, mais aussi parce que l’étude des différences interindividuelles dans les changements interindividuels se trouve au cœur de la psychologie développementale life-span.

Le but de l’étude est de caractériser le cours lié au développement de symptômes dépressifs dans l’âge avancé et proposer un terrain d'entente entre les deux approches longitudinale et transversale pour analyser ce qui a précédemment été présenté dans la littérature.

Hypothèses :

- Il y a une augmentation des symptômes dépressifs à l’âge avancé.

- L’abandon et l’épuisement des participants pendant l’étude démontrent de plus hauts niveaux de symptômes dépressifs.

- Les femmes auraient plus de symptômes dépressifs que les hommes.

Méthode

Participants. L'échantillon total comprend 737 participants (61 %des hommes ; 90.5 % Blancs, 7.1 % Noir, 2.4 % autres) de l'Étude Longitudinale de Vieillissement de Baltimore (BLSA). La moyenne d’âge est de 73.2 ans au Temps 1. Les participants ont été recrutés entre 1989 et 1996, entre 60 et 96 ans. Le niveau d’étude va de 4 à 24 ans (M = 16,6). Tous les participants n’ont pas commencé cette étude en même temps. L'entrée dans l'étude a recouvert une période de presque 10 ans pour les participants. Les participants ont complété l'échelle de CES-D à cinq reprises (au début de l’entrée dans l’étude et ensuite, une année sur deux au cours d'une période de 8 ans). De l'échantillon de 737 individus, 150 étaient partis avant la deuxième vague, 116 à la troisième, 142 à la quatrième et 209 avant la cinquième.

Mesures. La mesure principale était l’échelle CES-D. Les auteurs ont utilisé la structure originale à quatre facteurs de Radloff (1977), comprenant les dimensions d'affect de dépression (DA), l'affect positif (PA), des plaintes somatiques (SI) et des symptômes interpersonnels (DANS). La dimension des symptômes interpersonnels n’a pas été incluse dans les analyses ultérieures car les auteurs ont observé une stagnation dans les scores à cette sous échelle. En effet, 86 % à 91 % de l'échantillon avaient des scores de 0 à cette sous-échelle. Les auteurs se sont donc concentrés seulement sur les trois premières dimensions.

Résultats

La non-réponse et l'Usure des Participants.

Lorsqu’on s’intéresse à une population plus âgée dans une étude comme celle-ci, on y retrouve un problème de perte de données. Avec des données répétées, l’abandon peut influencer les conclusions liées à l’étude de l’évolution des symptômes dépressifs avec l’âge.

Il n'y avait aucune observation manquante dans les vagues et, quand un participant a abandonné l'étude, il ou elle n'a pas été recontacté pour participer aux vagues ultérieures; ainsi tous les individus manquant à une vague particulière manquaient aussi aux occasions ultérieures, créant un modèle de non-réponse monotone. Des analyses de régression logistiques prédisant des patterns de données manquantes ont indiqué que l'âge avancé et de plus grands symptômes dépressifs étaient associés à une plus grande probabilité à abandonner à toutes les vagues suivantes. Chaque année supplémentaire en âge a été associée à une plus grande probabilité de 7 % à renoncer aux vagues suivantes et chaque point supplémentaire plus élevé sur la CES-D a été associé entre 4% et 10% à la probabilité d’abandonner, selon la vague. Il n'y avait aucune différence de sexe dans les taux d’abandon. Les auteurs n’ont pas été capables d'explorer les raisons de l’abandon et de l'usure (par exemple, la mortalité ou la mauvaise santé).

D’autre part, la proportion d'individus dans lequel chaque pattern des données manquantes qui étaient en dessous des cutoff cliniques sur la CES-D (un score de 16 ou plus) a différé. Tandis que seulement 2.5 % des individus qui ont fourni cinq vagues de données étaient à ce niveau ou au-dessus de celui-ci, 16.7 % d'entre ceux qui ont fourni seulement une vague de données étaient en dessous du cutoff. Pour les individus issus des cinq vagues de données, la proportion étant en dessous des cutoff cliniques 8 ans après le recrutement dans l'étude, a plus que doublé de 5.8 %. Les niveaux de symptômes dépressifs ont montré des changements longitudinaux parallèles dans l’échantillon total. Le changement était aussi parallèle aux sous-échelles de l'affect de dépression et somatique, suggérant que le changement n’ait pas été seulement conduit par des changements de symptômes somatiques. Quand l’abandon entre les premières et deuxièmes vagues a été prévu, seulement la sous-échelle d'affect de dépression du CES-D prédisait la non-réponse. Un graphique des symptômes dépressifs moyens par l'âge chronologique est présenté dans la Figure1.





Le groupe de référence comprenait des individus nés avant 1910. Les auteurs ont pu observer des différences selon des cohortes de naissance (c'est-à-dire, 1910-1919, 1920-1929 et 1930 ou plus tard). Peu de différences sont apparues : les niveaux de symptômes somatiques des Temps 1 et Temps 2 sont plus élevés pour des cohortes nées en 1910 ou après. Les niveaux d'affect positif et des symptômes de dépression et somatiques du temps 2 sont également plus élevés pour les cohortes de 1910 et 1920 que dans les autres. Enfin, les niveaux d'affect de dépression du Temps 2 sont plus élevés dans la cohorte des années 1930 que les autres. Les auteurs ont inclus l'âge, le sexe, la race et la cohorte de naissance comme covariantes dans toutes les analyses.

Les propriétés de Mesure Longitudinales de la CES-D.

Modèles de mesures. Les auteurs ont utilisé le modèle de multi-états de Steyer et associés (1992) permettant aux états résiduels de s’autocorréler. Cela a permis aux variables latentes de se corréler librement dans le futur. Les résultats montrent clairement que le changement est proportionnel à travers toutes les sous-échelles de la CES-D et et n'est pas le résultat des changements dans seulement une sous-échelle.

Table 1 :


La table 1 montre des corrélations parmi les variables latentes dans le futur.

Modélisation de Traits et États dans Symptômes Dépressifs. Les auteurs ont été spécifiquement intéressés si un modèle d’état-unique (autorégressif), un modèle d’état-trait, ou un modèle à deux traits ont été nécessaires pour représenter des symptômes dépressifs longitudinalement. Les auteurs ont adapté ces trois modèles principaux pour évaluer le changement de symptômes dépressifs dans le futur.


Discussion :

Les auteurs ont constaté que les individus avec des niveaux initialement plus élevés de symptômes dépressifs étaient précisément ces individus qui allaient le moins probablement retourner aux passations suivantes. Ils ont également constaté qu'il y avait peu de preuve que la sous-échelle de symptômes interpersonnels de la CES-D ait valeur dans une communauté d'adultes plus âgés. Dans cet échantillon, il y avait simplement une variabilité insuffisante pour permettre l'inclusion de cette échelle dans les analyses. La vraie variabilité de scores des symptômes dépressifs est principalement due aux différences interindividuelles du trait stable, supportées sur une période de 8 ans (période moyenne d'âge de 73 à 81 ans). Avec la découverte de la variabilité de trait stable, s’accompagne la découverte qu'il y avait aussi une variabilité d’état résiduel significative à chaque occasion de mesure dans cette période.

Par ailleurs, les individus diffèrent les uns des autres dans les niveaux de symptômes dépressifs et ces différences semblent augmenter d'une façon semblable pour tous les individus.

Les auteurs ont aussi reproduit leurs découvertes en utilisant les données jumelles suédoises publiées par Wetherell et collègues (2001). Leurs deux échantillons ont montré une variance d’état résiduel et de trait significative, et une augmentation de symptômes dépressifs de la première à la dernière occasion de mesure, qui était sur une période de 6 ans.

D’autre part, les auteurs ont pu observer que les états d’affects négatifs ont des durées plus courtes pour des adultes d’âge avancé. Ceux-ci sont capables de réguler leur affect négatif plus rapidement. A n'importe quel point de temps donné, ils devraient être proches de leurs propres niveaux de trait pour les symptômes dépressifs. Cependant, n'importe quel processus régulateur est insuffisant pour empêcher des augmentations normatives des niveaux moyens totaux de symptômes dépressifs avec l'âge.

L'étude présente contribue à la littérature sur vieillissement et les symptômes dépressifs de plusieurs façons importantes. Elle fournit un fort support pour la conception du trait pour les symptômes dépressifs. Il y a des augmentations de moyennes des symptômes dépressifs avec l'âge et elles sont dues aux changements proportionnels de chaque sous-échelle du CES-D, plutôt qu’un simple aspect de symptôme dépressif. Ces augmentations sont petites dans l'ampleur, représentant approximativement une augmentation de 1 point par décennie. Elles persistent même une fois la variabilité qui est due au sexe, à la race et à la cohorte est considérée.

L'ampleur des différences entre les individus reste constante dans la vie avec les moyennes homogènes dans le futur. Les auteurs n’ont pas trouvé de preuve que les individus changent d'une façon différente les uns des autres dans le futur, bien qu'il puisse toujours y avoir des effets importants de passations à n'importe quel point de temps donné.

Pour conclure, plutôt que nier les différences de symptômes dépressifs comme un lieu d'événements et d’expériences de la vie, les découvertes de l’étude indiquent clairement vers quel besoin une recherche supplémentaire pourrait examiner comment les expériences comme la perte d’autonomie ou la perte d'un conjoint modèrent le composant d'état-résiduel des symptômes dépressifs.


Discussion générale et réflexion personnelle :

Les découvertes de la recherche longitudinale sont plus difficiles à interpréter suite aux abandons. Davey et collaborateurs (2004) se sont intéressés à une cohorte plus âgée et ont étudié dans la limite de l’abandon et de l’usure des participants, des données biennales de multiples vagues étalées sur une période de 8 ans. Les auteurs ont trouvé à la fois une variabilité du trait et de l'état résiduel de personnalité, avec une hausse longitudinale des symptômes sur toutes les sous-échelles de la CES-D et la comptabilisation d'une augmentation d'environ 1 point par décennie.

Régulation émotionnelle :

Selon la Socioemotional Selectivity Theory, il y aurait de meilleures capacités de régulation émotionnelle chez les âgés. Cela reposerait sur une plus grande motivation à conserver un niveau de bien-être, à préserver l’équilibre.

A l’inverse, selon la Dynamic Integrative Theory, les capacités de régulation ne sont pas meilleures chez les âgés. Il y aurait seulement une mise en place de stratégies pour se protéger des situations négatives qui se soldent par une diminution du niveau de complexité affective. L’étude de Labouvie-Vief et collaborateurs (2007) montre que l’avancée en âge est caractérisée par une tendance à l’optimisation du bien-être.

L’étude longitudinale en accord avec d’autres études telles que Carstensen et collaborateurs (2000) ont montré que l’état d’affect négatif avait une durée plus courte chez des adultes d’âge avancé plutôt que chez des âgés plus jeunes. Cela est expliqué par la capacité des individus à réguler leur affect négatif afin d’avoir l’état le plus proche possible du trait, selon le modèle état-trait (voir page 16). Cependant, les deux études présentées ici nous montrent qu’avec l’âge, les individus ont beaucoup plus de symptômes dépressifs que des individus d’âge moyen. Ces études seraient donc plus en accord avec la Dynamic Integrative Theory développée par Labouvie-Vief car on ne retrouve pas de meilleurs scores de dépression chez les âgés par rapport à des individus plus jeunes. On pourrait l’interpréter par la baisse de leurs capacités de régulation qui ne semble pas être meilleures selon l’analyse des résultats obtenus à l’échelle CES-D. D’autre part, en investiguant un peu plus les résultats obtenus dans l’étude longitudinale sur l’approche état-trait, on pourrait interpréter cette capacité qu’ont les individus à réguler leur affect négatif afin de rétablir leurs ressentis du moment (l’état) en fonction de leur tendance habituelle de ressentis. Cette régulation d’affect négatif pourrait être mise en lien avec les stratégies évoquées par la Dynamic Integrative Theory, mises en place dans le but de se protéger des situations négatives qui se soldent par une diminution du niveau de complexité affective. Ainsi, l’état se rapporterait aux situations négatives et l’état résiduel (qui est l’état qui demeure relativement dans le temps suite aux ressentis contextuels) se rapporterait au niveau de complexité affective.


Mise en perspective avec le terrain :

En neuropsychologie, dans le cadre de consultations mémoire, le neuropsychologue est parfois amené à faire passer une échelle de dépression (Annexe 2) lorsqu’à l’anamnèse, le patient n’a pas bon moral. Cette échelle permet de donner un score de dépression mais ne permet en aucun cas de diagnostiquer une dépression. Il est utile d’observer les symptômes dépressifs dans la pratique professionnelle car ceux-ci peuvent avoir une répercussion sur les tests neuropsychologiques proposés au patient. En effet, comme l’anxiété qui peut engendrer des troubles attentionnels, les symptômes dépressifs peuvent biaiser les tests, notamment avec pour cause, un ralentissement. D’autre part, utiliser une échelle de dépression permet non seulement d’exclure des troubles cognitifs dus à des symptômes dépressifs dans certains cas, mais aussi d’en inclure dans d’autres cas comme dans l’évaluation de démence.

Dans la maladie de Parkinson, on peut observer dans 50% des cas, une dépression associée à cette maladie. La dépression a des causes moléculaires, notamment par une dysrégulation des systèmes sérotonine-noradrénaline-dopamine qui évoluent ensemble. Lorsque la transmission de la sérotonine et de la noradrénaline baisse, le moral baisse et inversement. Une hypo-activité dopaminergique existe dans la dépression. Comme dans la Maladie de Parkinson, elle affecte les noyaux de la base et le cortex frontal. De plus, certaines structures cérébrales grossissent, d'autres régressent, comme l'hippocampe, le cortex frontal et les structures de la base qui sont moins irrigués, ce qui rapproche des problèmes observés dans la Maladie de Parkinson. Ce sont ces similitudes dans les circuits neurologiques touchés qui expliquent que les signes dépressifs puissent accompagner, voire précéder les signes parkinsoniens dans la maladie. Ce seraient les changements anatomiques et biologiques propres à la Maladie de Parkinson qui provoquent un certain nombre de signes cliniques, dont les premiers visibles sont parfois ceux de symptômes dépressifs.

S’il existe 50% de cas de dépression dans la maladie de Parkinson, il serait intéressant d’étudier les 50% de cas restant afin d’observer l’existence de symptômes dépressifs ou non et leur corrélation avec l’âge avancé par rapport à des individus sains.


ANNEXE 1

Critères du DSM-IV concernant l'épisode dépressif majeur

(A) Au moins 5 des symptômes suivants doivent avoir été présents pendant une même période d'une durée de deux semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur ; au moins un des symptômes est soit une humeur dépressive, soit une perte d'intérêt ou de plaisir.

1) Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours, signalée par le sujet ou observée par les autres ; se sent triste, vide, pleure.

2) Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités pratiquement toute la journée, presque tous les jours.

3) Perte ou gain de poids significatif en l'absence de régime, ou diminution ou augmentation de l'appétit presque tous les jours.

4) Insomnies ou hypersomnies presque tous les jours.

5) Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours.

6) Fatigue ou perte d'énergie presque tous les jours.

7) Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée presque tous les jours.

8) Diminution de l'aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours.

9) Pensées de mort récurrentes, idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentatives de suicide ou plan précis pour se suicider.

(B) Les symptômes ne répondent pas aux critères d'épisode mixte.

(C) Les symptômes induisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.

(D) Les symptômes ne sont pas imputables aux effets d'une substance ou d'une affection médicale générale.

(E) Les symptômes ne sont pas mieux expliqués par un deuil, les symptômes persistent pendant plus de deux mois ou s'accompagnent d'une altération marquée du fonctionnement, de préoccupations morbides de dévalorisation, d'idées suicidaires, de symptômes psychotiques ou d'un ralentissement psychomoteur.

ANNEXE 2

ECHELLE DE DEPRESSION

A1 Au cours des deux dernières semaines, vous êtes-vous senti(e) triste, cafardeux (se), déprimé(e), la plupart du temps au cours de la journée, et ce, presque tous les jours ?

Oui Non

A2 Au cours des deux dernières semaines, aviez-vous presque tout le temps le sentiment de n’avoir plus goût à rien, d’avoir perdu l’intérêt ou le plaisir pour les choses qui vous plaisent habituellement ?

Oui Non

Si A1 et A2 sont cotées NON alors arrêt du test, score = 0/9

Si A1 OU A2 SONT COTEES OUI, posez les autres questions

A3 Au cours de ces deux dernières semaines, lorsque vous vous sentiez déprimé(e) / sans intérêt pour la plupart des choses :

a Votre appétit a-t-il notablement changé, ou avez-vous pris ou perdu du poids sans en avoir l’intention ?

(REPONDRE OUI SI +/- 5% DU POIDS)

Oui Non

b Aviez-vous des problèmes de sommeil (endormissement, réveils nocturnes ou précoces, dormir trop) presque toutes les nuits ?

Oui Non

c Parliez-vous ou vous déplaciez-vous plus lentement que d’habitude ou au contraire vous sentiez-vous agité(e), et aviez-vous du mal à rester en place ?

Oui Non

d Vous sentiez-vous fatigué(e), sans énergie (presque tout le temps) ?

Oui Non

e Vous sentiez-vous, sans valeur ou coupable ?

Oui Non

f Aviez-vous du mal à vous concentrer ou à prendre des décisions ?

Oui Non

g Avez-vous eu à plusieurs reprises des idées noires comme penser qu’il vaudrait mieux que vous soyez mort(e), ou avez-vous pensé à vous faire du mal ?

Oui Non

lundi 14 février 2011

L'Institution selon son sens

Exposé portant sur le sens de l'Institution, en lien avec l'Institution de Jacky Beillerot.


Il s'agit de donner une signification concrète au terme Institution.

Pour en arriver à sa signification actuelle, on doit prendre en compte l'évolution de son sens dans le temps :

- Institution apparaît pour la première fois au Moyen-Age (XIIIème siècle) : « établir officiellement », cela signifie installer quelque chose (une idéologie, un but) de manière durable et qui est présenté comme vrai par l'autorité publique ou une autorité reconnue.

Ainsi, « établir de manière durable », l'institution doit s'inscrire dans l'Histoire, dans un temps qui nous dépasse.

- Un autre sens apparaît entre les XVIème et XVIIIème siècles : instituer c'est instruire. Cette signification se retrouve chez des auteurs comme Montaigne, Erasme, voire Chateaubriand.

Montaigne dans les Essais (le chapitre « de l'institution des enfants »), va lier l'éducation à l'institution. Montaigne est considéré comme un des pères de la pédagogie par les historiens de l'éducation. Il indique l'importance qu'il attache à l'éducation : « La plus grande difficulté de l'humaine science semble estre en cest endroit où se traicte de la nourriture et l'instruction des enfants. » Les enfants doivent apprendre « ce qu'ils doivent faire étant hommes. » La préoccupation dominante de Montaigne, c'est de former le jugement. Pour lui, une façon d'éveiller le jugement personnel de l'élève c'est de le jeter de bonne heure dans le commerce des hommes : « Il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain de la fréquentation du monde. » On peut dire que le fait d'être instruit par un instituteur qui est le maitre d'école, le professeur des écoles de nos jours, permet à l'élève d'en être son institution.

Au XVIIème siècle, Descartes dit : « La bonne institution sert beaucoup pour corriger les défauts de la naissance », et au XVIIIème, Caradeuc de La Chalotais dans Premier essai d'éducation nationale en 1763 écrivit : « Si l'humanité est susceptible d'un certain point de perfection, c'est par l'institution qu'elle peut y arriver. Nier la force de l'éducation, c'est nier contre l'expérience la force des habitudes. Que ne pourrait point une institution formée par les lois et dirigée par des exemples! »

- On retrouve ce terme en 1792, lors de la fondation de la Ière République avec l'instituteur comme celui qui fonde la nation et la République :

« Les hommes de la Révolution avaient à cœur de relever devant l'opinion la mission des maîtres et des maîtresses charges de l'éducation des enfants, et ce fut pour les honorer qu'aux termes anciens de régent et de régente, ils substituèrent ceux d'instituteur et d'institutrice. Le premier document officiel relatif à l'instruction publique, le projet de décret annexé au rapport présenté par Talleyrand à la Constituante, le 10 septembre 1791, n'emploie que le mot institutrice ; le mot instituteur n'y figure pas encore : Talleyrand se sert du terme de maître d'école primaire. Mais un an plus tard, Condorcet présenta à son tour son plan à la Législative (20 et '21 avril 1792), et on y lit à l'art. 2 : « Les maîtres de ces écoles (primaires) s'appelleront instituteurs ». »

- Le vrai sens d'institution réapparaitra en 1955 : on en revient aux toutes premières définitions et avec un nouveau mot : « institutionnaliser » qui signifie le fait de donner à quelque chose le caractère officiel d'une institution.

Dans les dictionnaires, on retrouve le sens juridique du terme, relevant du droit public, qui est d'établir par des normes et des valeurs ou des coutumes un groupement humain. Les institutions fondent et organisent les ensembles sociaux.

L'institution se maintient dans le temps en fonction de sa nature et de son utilité sociale. Elle a deux aspects :

- L'aspect de contingence qui signifie le fait d'exister ou non.

- L'aspect de permanence qui renvoie à son maintien autonome.

Les institutions renvoient à l'ordre social c'est à dire la société civile, voulue par les représentants du pouvoir. Nicos Poulantzas (sociologue, politicien grec, marxiste) entend « par institution un système de normes ou de règles socialement sanctionné », ce qui veut dire que ce système est confirmé par une approbation légale, officielle et que ses normes sont rendues exécutoires par une sanction.

D'autre part, il y a deux manières de considérer l'institution :

- Juridique : l'ensemble des lois qui vont structurer la réalité sociale, encadrer les conduites de la collectivité.

- Sociale : on étend la notion à tout ce qui pourra dépasser la nature juridique de l'institution comme la coutume (ensemble de règles qui ont force de lois, sans avoir été promulguées comme telles, pour autant qu'elles soient acceptées par tout le groupe intéressé), par exemple.

Pour qu'il y ait institution, il faut qu'il y ait rassemblement de population humaine donnée. On peut prendre comme exemple l'ONU qui est une organisation portant sur les droits de l'homme, la sécurité internationale, le développement économique. On ne peut pas dire que c'est une institution de l'humanité entière car l'ONU n'est pas un gouvernement mondial et ne légifère pas. Cependant, ses résolutions donnent une légitimité aux interventions des États et sont de plus en plus appliquées dans le droit national et international.

L'institution subit des transformations, elle évolue dans le temps et l'espace. C'est une praxis c'est à dire une action, une pratique. Elle va avoir des activités codifiées qui vont transformer le milieu naturel et les rapports sociaux. Jacky Beillerot nous donne l'exemple de la langue comme une institution par rapport à la parole : tous les hommes ne parlent pas tous la même langue, il existe de plus des normes linguistiques, tout cela vient restreindre les relations inter-individuelles.

On associe beaucoup l'institution à la hiérarchie, la contrainte, l'interdit... On pense que l'institution a pour but de dominer l'individu alors que l'institution inclut les finalités, les valeurs et les références idéales, elle donne sens aux actes.

De nos jours, on a tendance à remplacer la notion d'institution par le concept d'organisation, leur rapport étant subtil. Derrière chaque organisation, se cache une institution : seule l'institution peut rendre compte de l'Histoire et des valeurs, elle donne sens à l'organisation qui elle peut disparaître sans pour autant stopper l'aspect permanent de l'institution.

Pour conclure, on peut dire qu'elle donne un cadre au fonctionnement psychique des sujets dans une collectivité, elle se situe au dessus de l'organisation et des hommes.

Perceptual Pleasure and the Brain

Perceptual Pleasure and the Brain

Irving Biederman & Edward E. Vessel

Les opiacés ciblent certains récepteurs moléculaires localisés sur les surfaces des cellules cérébrales. Quand les opiacés relient ces récepteurs opioïdes, ils modulent l’activité des cellules. Les récepteurs opioïdes de type Mu lient facilement la morphine et sont aussi activés par des substances endogènes de type morphinique : les endorphines. Les récepteurs opioïdes-mu sont généralement localisés dans des parties du système nerveux central qui sont impliquées dans la modulation de la douleur et de la récompense. Ces récepteurs sont aussi impliqués dans les processus d’information visuelle. Ils sont distribués dans un gradient qui augmente graduellement en densité le long de la voie ventrale visuelle, impliquée dans la reconnaissance d’objets ou de scènes. Ils sont plus clairsemés dans les premiers étages de cette voie, les aires V1 à V4, où l’image est traitée comme des parties locales de forme, couleur et texture. Les étages intermédiaires du traitement visuel, c'est-à-dire l’aire occipitale latérale et le cortex occipito-temporal ventral, qui intègre l’information locale à détecter des surfaces, des objets, des visages et des lieux, contiennent un plus grand nombre de récepteurs opioïdes. Ils sont plus denses dans les derniers étages de la reconnaissance, dans le cortex parahippocampique et le cortex rhinal, où l’information visuelle engage nos mémoires.

Les aires associatives sont activées quand le cerveau essaie d’interpréter ce qu’il voit ou entend. Si un stimulus contient beaucoup d’informations interprétables, cela mènera à plus d’activité neuronale dans les aires associatives et d’où une plus grande libération d’endorphines et augmentera la stimulation des récepteurs opioïdes-mu. Puisque les récepteurs opioïdes-mu sont plus stimulés, ils seraient un stimulant dans les effets agréables associés aux opioïdes.

Un phénomène appelé Apprentissage Compétitif est impliqué : une présentation initiale d’un patron de stimulus active une grande population de neurones. Un relativement petit nombre de ces cellules sont fortement activés, alors qu’un plus grand nombre sont modérément ou faiblement engagés. Les neurones fortement activés inhibent aussi ces neurones qui sont seulement peu engagés, donc la répétition d’un neurone réduit l’activité de ces cellules. Avec une présentation répétée d’un patron, seulement peu de neurones (ceux avec des connexions fortes) répondront, alors que le reste répond faiblement. Si la plupart de l’activité initiale est générée par des neurones qui seront par là suite inhibés, alors la répétition résulte en une réduction nette de l’activité neuronale. Un avantage de l’Apprentissage Compétitif est que les neurones inhibés sont libres de coder d’autres patrons de stimulus.

Comment l’activité opioïde se résulte-t-elle dans le plaisir ?

Cela se produit dans plusieurs systèmes où la connectivité neuronale a été étudiée, les neurones avec des récepteurs opioïdes-mu font des connexions synaptiques avec les neurones GABAergiques, qui libèrent le neurotransmetteur inhibiteur GABA. L’activation des opioïdes-mu sert à inhiber ces neurones inhibiteurs. Il apparait que le cerveau est immergé dans un « bain de GABA » inhibiteurs, qui probablement sert à prévenir les crises causées par des oscillations entrainées d’activité neuronale. La libération d’endorphines inhibe la libération locale de GABA et permet donc une excitation locale à se propager avec une plus grande intensité dans les étages successifs du traitement de l’information. Les prochains étages peuvent être, mais ils peuvent dernièrement augmenter la libération de dopamine dans le corps strié, une structure profonde dans le cerveau qui est impliquée dans le contrôle du mouvement, la cognition et l’apprentissage. Le corps strié est directement connecté aux aires visuelles et aussi à l’hippocampe, l’amygdale et les aires préfrontales du cerveau, aucun de ceux-ci ne pourraient servir de rôle intermédiaire dans l’acquisition d’information intéressante avec un neurochimique frisson de plaisir. La libération de dopamine dans le corps strié semble aussi être impliquée dans les sevrages associés à l’addiction de drogue.

Hypothèses.

Ainsi, les auteurs pensent que les récepteurs opioïdes-mu sont la clé aux plaisirs qu’on tire à acquérir de nouvelles informations. D’autre part, les êtres humains préfèrent la nouveauté : il apparaitrait une réduction de la récompense quand un stimulus est répété.

De plus, le taux d’endorphine libéré dans le cortex parahippocampique détermine, du moins partiellement, la préférence humaine pour des expériences qui sont à la fois nouvelles et richement interprétables (car les patrons activeraient initialement un abondant ensemble d’associations dans les aires cérébrales qui manifestent des récepteurs opioïdes denses).

Enfin, les auteurs font l’hypothèse que les stimuli intéressants susciteraient une plus grande activité dans les aires associatives du cerveau comme le cortex parahippocampique, mais pas nécessairement dans ces aires impliquées dans le traitement initial des informations visuelles.

Méthode.

La méthode expérimentale utilisée est l’IRMf. Il s’agissait de présenter un stimulus à un sujet et d’en observer l’activité neuronale des différentes parties de la voie visuelle ventrale.

Les participants étaient répartis en deux groupes :

- Sans IRMf : on leur a présenté des séries d’images dépeignant des scènes du monde réel et ils devaient juger leur préférence relative pour chaque image. Les images ont été présentées plusieurs fois à chaque sujet. A chaque répétition, leur préférence pour une image déclinait.

- Avec IRMf : on leur a présenté les mêmes images. Les sujets regardaient les images passivement, sans verbaliser leur préférence. Chaque scène était présentée pendant une seconde, et ensuite montrée encore après que le sujet ait vu une moyenne de 15 autres scènes. Il y avait 5 répétitions de chaque scène (de façon intercalée). Un buffer d’images avait été inséré entre chaque séquence. De nouvelles scènes ont également été introduites pendant la séance, donc les premières images et les images subséquentes ont été dispersées pendant toute l’expérience afin d’éviter tout effets d’ordre confondus avec la répétition.

Résultats.

Les résultats ont montré que les scènes qui ont été fortement appréciées attiraient la plupart de l’activité de l’IRMf dans le cortex parahippocampique, spécialement la portion postérieure. L’activité dans cette aire n’était pas le résultat d’un simple mécanisme ascendant car l’aire occipitale latérale montrait une grande activité quand le sujet avait visionné des scènes de basse préférence. L’activité dans une portion du cortex occipito-temporal ventral centré déclinait à chaque présentation répétée. Ce déclin lors des répétitions a lieu pour toutes les images, qu’elles soient jugées fortement appréciables ou non. V1 et V2 ne montraient pas de déclin constant dans l’activité avec les présentations répétées.

Les scènes préférées étaient des vues de paysage, spécialement où l’observateur se trouvait dans un point caché, des scènes de mystère, les cadres naturels. C’est l’interprétation de patrons visuels qui mène à des sentiments de plaisir.

La préférence humaine pour la nouveauté a pour clé la capacité du sujet à comprendre le stimulus. Par exemple, si la compréhension d’une nouvelle idée a été laborieuse, alors cela a augmenté le plaisir à l’exposition répétée qui atteint son niveau maximum au « clic » de compréhension. Le clic correspond à la libération d’endorphines dans les aires associatives puisque le cerveau fait des connexions riches qui emmagasinaient l’information. L’habituation et le déclin dans la préférence peuvent s’établir ensuite puisque l’activité associative devient immédiatement sujette à l’apprentissage compétitif, ce qui réduit la libération de l’endorphine à la prochaine exposition.