jeudi 17 novembre 2011

Psychologie de la famille et du couple


Introduction

Idée que le symptôme reflète une organisation du psychique ayant des origines dans l’environnement, l’hérédité, la génétique, les interactions…
C’est lors de la petite enfance qu’il y a une forte importance de l’interaction (avec les parents principalement), mais aussi tout au long de la vie. Il y a une interaction entre chacun qui entraîne une sorte de contagion des symptômes. Cette constatation va donner une forte importance à la psychologie « supra individuelle » (ensemble de personnes).
Les symptômes ne sont donc pas toujours la révélation d’une pathologie individuelle, mais ils peuvent être révélateurs d’une pathologie d’autrui ou d’un groupe. L’analyse systémique des familles tient plus, au départ, de la psychiatrie que de la psychanalyse. Le départ est néanmoins Freud, mais c’est à partir de 1940 que va réellement débuter la psychologie groupale. C’est l’importance de la manière de fonctionner, de communiquer des parents qui est d’abord mis en avant. Leur personnalité est un indice sur le développement de l’enfant (au tout départ, c’était même seulement la mère qui était mise au centre des pathologies infantiles).

Travaux sur la schizophrénie

Les premiers travaux apparaissent en 1943, par Lévy, dans un article intitulé la surprotection maternelle. Il fait une mise en rapport entre le manque d’amour des mères pendant leur enfance et la surprotection mise en place avec leurs enfants. Cette surprotection entraîne des pathologies chez l’enfant, ce comportement est donc pathogène.
Certains psychologues comme Fromm-Reichmann se sont penchés sur le développement de la schizophrénie (Le sens de schizophrénie, aux Etats-Unis, dans les années 50, englobait presque toutes les psychoses). Là encore, la faute sera mise sur la mère. Cette psychiatre a constaté que lorsqu’il y a un enfant schizophrène, la mère présente un certain nombre de caractéristiques : dominatrice, insécurisé, rejetante. Cette psychiatre s’est aussi intéressé au rôle du père qui a aussi des caractéristiques personnelles : passivité, inadéquation (considéré comme incompétent), indifférent émotionnellement. Nous pouvons donc dire que c’est le couple dans son ensemble qui fabrique le terrain propice à la schizophrénie.
En 1950, un intérêt au profil des parents des enfants schizophrènes est porté par Richard et Tillman. Ils distinguent trois catégories de parents de schizophrènes : les mères rejetante ou secrètement rejetante (importance encore plus néfaste), père sadique et dominant.
Toues ces études montrent que ce qui advient chez l’enfant, en termes de pathologique, est dû principalement aux parents. Il y a un repérage de l’importance des parents.

Dans un second temps, des psychologues on mis en avant le deuil familial, en particulier, la mort précoce de parent. Le couple Lidz., dans un article de 1949, note l’importance de la mort précoce d’un des parents. Cette importance est plus dans la rupture du lien que dans l’absence du rôle. Ces études se sont appuyées sur des études de Rosenzweig et Bray qui ont montré que, chez les futurs schizophrènes, la mort d’un membre de la fratrie provoque tout un tas de sentiments forts tel le l’hostilité, la culpabilité, qui vont entraîner le développement d’un comportement psychotique. Ainsi, si un parent est défaillant, hostile, ou absent, on a un développement pouvant privilégier la tendance schizophrène.

Dans la suite des années 50, avec l’influence de la psychanalyse sur la psychiatrie, de nombreuses études sont faites. Mahler à développer le concept de symbiose et la notion de syndrome symbiotique. Ici, l’enfant tenterait de maintenir ou de restaurer un fantasme de symbiose parasite avec sa mère qui va se muter en pathologie. Mahler va constater que ce comportement pathogène est aussi dû aux mères qui n’ont pas vraiment envie de faire cesser cette symbiose (surprotection).
Limentani, en 1956, en étudiant ce comportement symbiotique, va trouver que chez l’adulte schizophrène, il y a aussi une volonté de retour à la symbiose d’avec la mère, comme si les schizophrènes adultes trouvaient dangereux de s’opposer au désir symbiotique de la mère. Ce n’est pas qu’un désir de retourner à cette symbiose, mais surtout la crainte du danger de s’opposer au désir symbiotique de la mère. Ce n’est pas une attitude active mais passive et défensive de la part du schizophrène, celle-ci étant liée à la peur. De plus, les schizophrènes vont trouver des bénéfices à tirer de cette régression.
Hill, en 1955, va expliquer qu’il semblerait que si les schizophrènes guérissaient, ce serait les mères qui tomberaient malade. Cette crainte joue aussi dans la décision, en grande partie inconsciente, de rester dans la schizophrénie et donc dans la symbiose. Pour ne pas que la mère soit mal et malade, et par contrecoup lui-même, les schizophrènes restent malades.

La mère peut donc avoir des motifs à la surproduction (histoire familiale, enfance…) et l’enfant également à se vouloir surprotégé (crainte de faire souffrir la mère, de ne plus être protégé…) : la maladie arrange tout le monde, tout le monde la désir. Il n’y a pas de raison de changer dans ce pseudo confort car il y a une interdépendance réciproque entre la mère et l’enfant. C’est une sorte d’adaptation fonctionnelle permettant de trouver le meilleur rapport d’intérêt pour fonctionner ensemble. Il y a donc une influence d’autrui sur notre être (ce qui n’a pas lieu que dans les pathologies, c’est une constante).

Travaux sur le couple

À la suite de tous cela, l’étude de la famille d’un point de vue systémique va réellement commencer. On va s’intéresser aux interactions et donc à des groupes et plus particulièrement aux couples. En 1956, la première étude sur ce sujet, menée par Mittelman, a tenté de montrer comment les couples pathologiques étaient des associations névrotiques. Très régulièrement, il y a un partenariat entre un partenaire à forte demande affective et un autre qui sera très distant : chacun formule une demande de l’un vers l’autre, mais celle-ci ne sont jamais satisfaites. C’est l’interaction qui est névrotique et non les partenaires.
Neubeck, Moreno, Whitaker, Eisenstein vont s’intéresser au mariage et au choix des partenaires.
Il se dégage tout d’abord que le mariage est régulièrement basé sur des besoins et des attentes pathologiques qui vont fonder l’attachement. Il y a une sorte de recherche d’un psy dans l’autre. Ces besoins pathologiques sont pour une grande part « déterminée » par une pathologie issue de la famille nucléaire d’origine. Ces choix (inconscient) sont fonctionnels et même relativement nécessaires. Cette vision a eu pour conséquence de modification les traitements psychiatriques.
Abrahams et Varon, en 1953, expliquent qu’il faut privilégier les thérapies conjointes ou thérapies de groupe. En 1957, Kirby et Priestman vont faire une thérapies communes parent / enfants de manière systémique. À la fin des années 50’, début des années 60’, vont se développer de plus en plus ce genre de thérapies.

À partir de 1956, on entre dans une période volontariste, c’est-à-dire, que les thérapeutes vont aller très loin pour imposer ce mode thérapeutique aux patients (ceci était abusif).
Le couple Lidz va revenir sur ses positions d’avant en matière d’analyse et entrer dans une logique de thérapies familiales ou les pathologies des relations prennent la place des pathologies individuelles au sein de leur théorie.
Lidz et Fleck vont étudier 14 familles schizophrènes et sont arrivés à l’idée que la communication dysfonctionnelle va expliquer l’émergence de la schizophrénie des enfants. Ceci est lié à un dysfonctionnement de la relation parentale et à l’effacement des barrières générationnelles et sexuelles. À cela s’associe une difficulté de communication due à un manque de langage clair, ce qui va privilégier le comportement schizophrène.
Par là, ils vont développer des concepts portant sur la relation de couple :
  • La notion de schisme conjugal : c’est garder un couple pour l’images, la vision d’autrui, de soi, des enfants, au lieu de se séparer. Le couple reste ensemble malgré un conflit ouvert.
  • La notion de biaiserie conjugale : c’est une pseudo harmonie cachant un désaccord. Ceci aboutit à fausser les relations et amène les enfants à prendre parti pour l’un des parents (et peut entraîner la schizophrénie).

Bateson, anthropologue de formation, a développé le concept de double bind (double lien, double contraire). C’est le repérage d’un phénomène qui a l’idée qu’un même message, émis par un émetteur, peut signifier deux choses totalement contradictoires (la cravate offerte de Watzlawick). Chez les schizophrènes, il y a impossibilité de trancher dans ce double bind et c’est très problématique. Ce mécanisme est extrêmement coinçant et nocif et peut provoquer parfois, dans la petite enfance en particulier, la psychose, mais Bateson n’est pas d’accord avec ceci, se sont ses successeurs qui ont développé cette théorie.
Don Jackson va amener la notion d’homéostasie familiale qui est la stabilité d’un état auto-organisée, organisé par soi-même, naturellement, au sein de la famille. Les individus de la famille s’organisent naturellement dans le maintien de leurs relations. Ceci maintient stable la relation et chacun des éléments de celle-ci, c’est-à-dire, ici, les individus de la famille. Chaque membre de la famille va se comporter de façon telle qu’il cherchera à maintenir stable leur identité propre et la façon de se relier aux autres. Il veillera à ce que chacun garde son identité et que ses relations soient toujours les mêmes selon les individus. On cherche à tous stabiliser car c’est une économique du point de vue de l’action et c’est surtout rassurant : le changement (l’inconnu) déstabilise, fait peur.
Borszomeniyi-Nagy à développer la thérapie contextuelle. Il travaille sur le repérage du désir des individus, de leur peur et de l’aspect d’assemblage, de complémentarité de celle-ci au rang interindividuel. Il est ici question des intérêts et de l’éthique relationnelle. Il y a une notion de justice et d’équité.
Bowen (Murray), psychiatre au départ, va s’intéresser à la différenciation de soi, et il va être amené à travailler sur les émotions et en particulier, les divorces émotionnels (couple n’arrivant pas à partager leurs émotions et sentiments ; l’impossibilité de se spécialiser, de communiquer). Ceci serait dû, selon lui, à une surproduction maternelle. Par là, la schizophrénie serait le symptôme d’une pathologie élargie à la famille. Il va aboutir à la conclusion qu’il faut trois générations pour développer un processus schizophrénique (cette idée est encore très régulièrement admise). Ceci donne une forte importance à la transmission générationnelle des pathologies.
Brodey a travaillé sur les théories de Bowen, et il va donner une explication au divorce émotionnel. Ceci ne serait pas seulement dû, comme le pense Bowen, à un problème de manque de communication de l’un et de sur-communication de l’autre, mais aussi et surtout, au fait que l’enfant serait le cheval de bataille sur lequel le couple chercherait à résoudre ses problèmes.
Midlefort créa la notion de malade désigné qui consiste à désigner qui est malade, ici, désigné par le groupe (la famille). Ainsi, le malade se met en opposition au non-malade : seul celui-ci est malade, on s’arrange avec soi-même. C’est une codésignation, une identification du malade du groupe. La maladie a donc une fonction, on en tire un certain nombre de bénéfices, que ce soit du côté des malades, mais aussi des non-malades. Le psychiatre ou psychologue va servir à « officialiser » cette désignation sauvage de la famille. C’est une sorte d’alliance du groupe et du psy. Le malade désigné est le porteur du symptôme du groupe, de la famille. C’est donc, au départ, la famille qui est malade, plus précisément, qui dysfonctionne (ceci est valable dans la plupart des pathologies psychiques). Cette désignation se fait de manière « naturelle », c’est un peu le fruit de l’homéostasie familiale.
Puis, de nouvelles pratiques se sont développées prônant la thérapie avec toute la famille. S’il manque un des membres, la thérapie ne peut avoir lieu. Ackerman se propose de ne pas parlée du passé et de parler seulement de la crise actuelle.
Des années 60 aux années 90, on a vu se développer la systémique à travers le monde. Ce développement s’est fait face à la psychanalyse. Depuis 90, une réconciliation à lieu grâce à la psychanalyse familiale, proche de la systémique. Ici, il y a création de concepts qui dépassent cette querelle.

Expansion de la systémique.

L’école de Palo Alto, et principalement Watzlawick, à développer la notion de boîte noire qui consiste à s’intéresser seulement à ce que les gens font, à l’engrenage de la succession des actions qui se répètent. Pour Watzlawick, le problème, c’est la solution. Il s’attaque aux mécanismes actuels, celui qui agit sur l’environnement, afin d’obtenir quelque chose en retour. Ces mécanismes se reproduisent car c’est la solution que le patient a trouvée pour se « protéger ».
On va intervenir afin de changer ce système d’action néfaste pour que les gens mettent un autre mécanisme en place. On ne cherche pas le pourquoi (car cela donne seulement une raison de le faire, conforte, trouve des excuses), mais le comment (sur lequel on pourra intervenir). On ne regarde pas les problèmes du passé mais les solutions du présent. La systémique est cyclique alors que la psychanalyse linéaire.
Le symptôme n’est qu’un comportement d’un individu au sein d’un cycle, un système d’action, qui est une réaction en vue d’un bon fonctionnement de tout le groupe impliqué dans ce mécanisme. Pour remédier aux problèmes, il faut travailler sur tout le groupe car, si une seule personne est en thérapie (le porteur de symptôme), il y aura un mal-être, un déséquilibre, un dysfonctionnement de tout le groupe et de fortes chances de voir un transfert de symptômes sur un autre membre du groupe.
La vision des comportements individuels est analysée comme une suite de couples action / réaction entre les membres du groupe.

Don Jackson pense que le psychologue doit intervenir pour créer le changement en donnant des prescriptions (opposés à la psychanalyse). Ce va être des prescriptions paradoxales, c’est-à-dire que l’on va dire de faire quelque chose à quelqu’un dans le but qu’il ne le fasse pas. Il s’agit d’aller dans le sens des patients en augmentant leurs comportements puisque celui-ci n’était pas efficace (technique argumentatif du spécialiste) alors qu’il faut, en réalité, que la personne fasse l’inverse.

Il existe aussi la prescription de symptômes. Par exemple, une personne qui s’évanouit lorsqu’elle monte dans un ascenseur. On va lui prescrire d’aller dans un ascenseur et de tomber dans les pommes. Avant, la personne s’évanouissait contre son gré ; maintenant, c’est elle qui le souhaite, qui le décide. Par là, la personne finit par avoir également la possibilité de ne pas souhaiter et donc de ne pas s’évanouir.
L’important est de créer une tension entre la personne et le système dans lequel elle évolue (famille, groupe…).

Haley à développer les thérapies stratégiques qui consistent à trouver des « manipulations » différentes adaptées à chaque situation.
Andolfi va faire de la thérapie provocatrice qui cherche à provoquer la crise.
Selvini va développer la notion de contre paradoxe qui sont des paradoxes thérapeutiques.
Minuchin va développer l’idée que l’on ait pas toujours à sa place (par exemple, l’enfant qui dorme dans le lit de la mère…).
Elkaïm, qui est le chef de file de la systémique qui se développait sur la cybernétique, va constater que le thérapeute fait partie intégrante du groupe soigné, de l’ensemble de vie en traitement, car ce thérapeute influent sur le comportement de tous le groupe.

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