Exposé portant sur le sens de l'Institution, en lien avec l'Institution de Jacky Beillerot.
Il s'agit de donner une signification concrète au terme Institution.
Pour en arriver à sa signification actuelle, on doit prendre en compte l'évolution de son sens dans le temps :
- Institution apparaît pour la première fois au Moyen-Age (XIIIème siècle) : « établir officiellement », cela signifie installer quelque chose (une idéologie, un but) de manière durable et qui est présenté comme vrai par l'autorité publique ou une autorité reconnue.
Ainsi, « établir de manière durable », l'institution doit s'inscrire dans l'Histoire, dans un temps qui nous dépasse.
- Un autre sens apparaît entre les XVIème et XVIIIème siècles : instituer c'est instruire. Cette signification se retrouve chez des auteurs comme Montaigne, Erasme, voire Chateaubriand.
Montaigne dans les Essais (le chapitre « de l'institution des enfants »), va lier l'éducation à l'institution. Montaigne est considéré comme un des pères de la pédagogie par les historiens de l'éducation. Il indique l'importance qu'il attache à l'éducation : « La plus grande difficulté de l'humaine science semble estre en cest endroit où se traicte de la nourriture et l'instruction des enfants. » Les enfants doivent apprendre « ce qu'ils doivent faire étant hommes. » La préoccupation dominante de Montaigne, c'est de former le jugement. Pour lui, une façon d'éveiller le jugement personnel de l'élève c'est de le jeter de bonne heure dans le commerce des hommes : « Il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain de la fréquentation du monde. » On peut dire que le fait d'être instruit par un instituteur qui est le maitre d'école, le professeur des écoles de nos jours, permet à l'élève d'en être son institution.
Au XVIIème siècle, Descartes dit : « La bonne institution sert beaucoup pour corriger les défauts de la naissance », et au XVIIIème, Caradeuc de La Chalotais dans Premier essai d'éducation nationale en 1763 écrivit : « Si l'humanité est susceptible d'un certain point de perfection, c'est par l'institution qu'elle peut y arriver. Nier la force de l'éducation, c'est nier contre l'expérience la force des habitudes. Que ne pourrait point une institution formée par les lois et dirigée par des exemples! »
- On retrouve ce terme en 1792, lors de la fondation de la Ière République avec l'instituteur comme celui qui fonde la nation et la République :
« Les hommes de la Révolution avaient à cœur de relever devant l'opinion la mission des maîtres et des maîtresses charges de l'éducation des enfants, et ce fut pour les honorer qu'aux termes anciens de régent et de régente, ils substituèrent ceux d'instituteur et d'institutrice. Le premier document officiel relatif à l'instruction publique, le projet de décret annexé au rapport présenté par Talleyrand à la Constituante, le 10 septembre 1791, n'emploie que le mot institutrice ; le mot instituteur n'y figure pas encore : Talleyrand se sert du terme de maître d'école primaire. Mais un an plus tard, Condorcet présenta à son tour son plan à la Législative (20 et '21 avril 1792), et on y lit à l'art. 2 : « Les maîtres de ces écoles (primaires) s'appelleront instituteurs ». »
- Le vrai sens d'institution réapparaitra en 1955 : on en revient aux toutes premières définitions et avec un nouveau mot : « institutionnaliser » qui signifie le fait de donner à quelque chose le caractère officiel d'une institution.
Dans les dictionnaires, on retrouve le sens juridique du terme, relevant du droit public, qui est d'établir par des normes et des valeurs ou des coutumes un groupement humain. Les institutions fondent et organisent les ensembles sociaux.
L'institution se maintient dans le temps en fonction de sa nature et de son utilité sociale. Elle a deux aspects :
- L'aspect de contingence qui signifie le fait d'exister ou non.
- L'aspect de permanence qui renvoie à son maintien autonome.
Les institutions renvoient à l'ordre social c'est à dire la société civile, voulue par les représentants du pouvoir. Nicos Poulantzas (sociologue, politicien grec, marxiste) entend « par institution un système de normes ou de règles socialement sanctionné », ce qui veut dire que ce système est confirmé par une approbation légale, officielle et que ses normes sont rendues exécutoires par une sanction.
D'autre part, il y a deux manières de considérer l'institution :
- Juridique : l'ensemble des lois qui vont structurer la réalité sociale, encadrer les conduites de la collectivité.
- Sociale : on étend la notion à tout ce qui pourra dépasser la nature juridique de l'institution comme la coutume (ensemble de règles qui ont force de lois, sans avoir été promulguées comme telles, pour autant qu'elles soient acceptées par tout le groupe intéressé), par exemple.
Pour qu'il y ait institution, il faut qu'il y ait rassemblement de population humaine donnée. On peut prendre comme exemple l'ONU qui est une organisation portant sur les droits de l'homme, la sécurité internationale, le développement économique. On ne peut pas dire que c'est une institution de l'humanité entière car l'ONU n'est pas un gouvernement mondial et ne légifère pas. Cependant, ses résolutions donnent une légitimité aux interventions des États et sont de plus en plus appliquées dans le droit national et international.
L'institution subit des transformations, elle évolue dans le temps et l'espace. C'est une praxis c'est à dire une action, une pratique. Elle va avoir des activités codifiées qui vont transformer le milieu naturel et les rapports sociaux. Jacky Beillerot nous donne l'exemple de la langue comme une institution par rapport à la parole : tous les hommes ne parlent pas tous la même langue, il existe de plus des normes linguistiques, tout cela vient restreindre les relations inter-individuelles.
On associe beaucoup l'institution à la hiérarchie, la contrainte, l'interdit... On pense que l'institution a pour but de dominer l'individu alors que l'institution inclut les finalités, les valeurs et les références idéales, elle donne sens aux actes.
De nos jours, on a tendance à remplacer la notion d'institution par le concept d'organisation, leur rapport étant subtil. Derrière chaque organisation, se cache une institution : seule l'institution peut rendre compte de l'Histoire et des valeurs, elle donne sens à l'organisation qui elle peut disparaître sans pour autant stopper l'aspect permanent de l'institution.
Pour conclure, on peut dire qu'elle donne un cadre au fonctionnement psychique des sujets dans une collectivité, elle se situe au dessus de l'organisation et des hommes.
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